Arts

  • Ce fut une joie que de retrouver ou de découvrir les œuvres de Bernard Foucher lors de l’exposition de la galerie la Tour Saint-Étienne à Orléans, largement conçue par son épouse, Marie-Odile Foucher. Cette exposition a en effet révélé toutes les facettes d’un artiste qui s’est exprimé sous de multiples formes : peinture, gravure, sculpture, livres d’artistes et j’y ajouterai le vitrail, bien qu’il ne fut pas présent dans cette exposition.
    Inspiré d’Hölderlin, le thème de cette exposition, « Habiter le monde », s’est d’abord révélé en des peintures se référant à des cités utopiques et à la recherche d’un dialogue entre nature et architecture.
    Les sculptures renvoient à d’autres dialogues, à des confrontations aussi, avec la matière, avec les matières, lisses ou rugueuses, sous leurs multiples formes.
    Les livres d’artistes sont encore des dialogues, avec Charles Péguy et sa « Nuit », avec Hélène Cadou et son « Outre bleu », avec Michel Lagrange.
    Il faudrait, donc, ajouter les vitraux qui, loin de l’expressionnisme facile, renvoient à des motifs spirituels, intimes – au partage. Je pense aux vitraux du monastère de Bouzy-la-forêt et à ceux de la chapelle Notre-Dame des Foyers, de la rue Porte Dunoise à Orléans, dont on peut regretter qu’elle soit si souvent fermée.
    Au total, Bernard Foucher était – et il reste pour nous – un artiste de l’intériorité.
     
     
     
     
     
     
     
      
    JPS
     
     
     
  • Je signale cet article sur Charles Péguy paru dans La République du Centre du 25 mars 2020

     
  • J’ai eu la chance de pouvoir aller à l’ultime séance au cours de laquelle étaient projetés au cinéma Saint-André-des-Arts à Paris le moyen métrage de Gaël Lépingle, Une jolie valléeet son court métrage, La nuit tombée.

    Ce fut un enchantement. La jolie vallée nous montre le « Chœur des Sittelles » évoluant dans son village de Burlats, près de Castres et nous offre une comédie musicale inspirée des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas sur une musique de Julien Joubert. Comme l’écrit Télérama dans l’article dont on retrouvera le lien ci-dessous, c’est « drôle, vif, léger. » On pense, bien sûr, à Jacques Demy. Mais Gaël Lépingle apporte sa touche personnelle : une belle poésie de la vie quotidienne, l’art dans la vie.

    Le court-métrage La nuit tombée, plus énigmatique et mélancolique, nous offre des images d’Orléans tellement belles et si peu convenues qu’elles sont, pour moi, irrésistibles… Je conclus en reprenant le texte de Télérama : « Messieurs les distributeurs, un effort de curiosité s’impose… »

    JPS

    Lire :
  • Daniel Gélis nous avait habitués aux teintes bleues, éclatantes. Il m’a avoué qu’un séjour près de la Méditerranée l’avait beaucoup marqué. Mais, année après année, nous avons découvert, dans sa palette et sur ses toiles, bien d’autres teintes, bien d’autres thèmes – et toujours de nouvelles sources d’inspiration.

    C’est ainsi qu’un Gélis intime nous était révélé lors d’une récente exposition à la galerie Le Garage. Sa toute dernière exposition, à la galerie « L’Art ancien » à Orléans s’intitule sobrement « Sologne ». Daniel Gélis y investit cette fois son art, son style très personnel, son sens des formes et des teintes, dans un univers bien différent de ceux qui ont précédé, mais tout aussi séduisant : la Sologne, c’est le bleu des étangs, la magie des forêts restituées en un bel impressionnisme et le retour des teintes ocres, depuis les écorces des arbres jusqu’aux murs et aux toits des villages. Une nouvelle page dans le grand livre d’une œuvre toujours renouvelée.

    JPS

     

     
     
     
     
  • À l’occasion de leur 113e salon, les Artistes Orléanais ont rendu hommage à plusieurs artistes récemment disparus.

    Nous reproduisons ci-dessous le texte que Jean-Pierre Sueur a écrit à leur demande sur Camille Murcia, texte qui figure dans le catalogue de ce 113e salon.

    >> Lire le texte

       

     

  • Juliette Gréco avait un infini respect pour ses auteurs. Ses récitals obéissaient à un rituel. Avant chaque chanson elle disait : « C'est une chanson de… elle s'appelle… ». Elle n'y dérogea jamais sauf pour les trois ou quatre chansons, sur plus de sept cents, qu'elle écrivit.

    Elle se revendiquait comme interprète. Interprète, elle l'était assurément, mais plus encore. Car par une alchimie particulière qui tenait à sa voix grave, à son phrasé, à ses intonations allant de la gouaille à la tendresse en passant par la colère et l'amour, elle a fait que ces centaines de chansons, de poèmes, écrits par tant d'auteurs, si divers, finissent par constituer comme une œuvre unique, la sienne, une œuvre inimitable.

    Ils étaient nombreux, ses auteurs. Elle choisissait à l'instinct les chansons qu'elle retenait, ne reculant devant aucune difficulté. Ainsi accepta-t-elle immédiatement d'interpréter le texte « inchantable » (comme elle disait) qu’était venu lui apporter un jeune chanteur intimidé : c'était Le diable, de Jacques Brel.

    Il y eut Jean-Paul Sartre et la rue des Blancs-Manteaux, à elle dédiée, et puis Jacques Prévert, Raymond Queneau, François Mauriac, Aragon, Éluard, Marie Noël, Joseph Kosma, Robert Desnos, Pierre Mac-Orlan, Françoise Sagan, et puis, Béart, Aznavour, Ferré, Brassens, Brel, Gainsbourg, Fanon… et tellement d'autres… Impossible de les citer tous : ce serait un vrai dictionnaire…

    … Mais quels qu'ils fussent, Juliette servait les textes qu'elle avait choisis, savourant chaque mot, donnant à chaque syllabe une couleur particulière.

    Et puis sur scène, dans sa robe noire, elle jouait pleinement chaque phrase, en comédienne qu'elle était, surlignant chaque vers de mouvements subtils, ou plus démonstratifs, de ses blanches mains. Elle savait, elle voulait aller jusqu'au bout de la fatigue, jusqu’à la dernière chanson à laquelle, littéralement, elle ne pouvait ajouter aucune autre, par amour de son public.

    Elle a chanté la chanson la plus courte du répertoire, La fourmi de Robert Desnos et le long poème de Bernard Dimey, Le bestiaire de Paris.

    Elle n'a jamais caché ses convictions, se glorifiant d'avoir connu un insuccès total, un « bide » mémorable devant un public de droite – et plus– au Chili. L'un de ses meilleurs souvenirs de radio fut, lors de l'émission « À la croisée des chemins », l'interprétation qu'elle improvisa de la recette de cuisine parue le jour même dans France Soir. Cela s'appelle « Suprême de volaille aux crevettes ». Elle pouvait chanter tout, absolument tout, et donnait à tout cette marque inimitable qui n'appartenait qu’à elle.

    Elle nous offrit en 2012 un album complet consacré aux ponts de Paris. Il s'appelle Ça se traverse et c'est beau. Et c'est plus que beau en effet.

    Elle s'émerveillait de chanter pour la millième fois Le temps des cerises.

    Il y aurait tant et tant à dire et à écrire que j’arrête là, au risque de noircir encore des pages et des pages à sa mémoire, à sa mémoire si vivante – car ces sept cents chansons, c’est sûr, vivent et vivront !

    Merci, Juliette.

    Jean-Pierre Sueur

  • Je tiens à saluer le remarquable travail accompli par Catherine Mourrain et toute l’équipe de l’association « Val de Lire » qui ont organisé le 34e Salon du livre de jeunesse de Beaugency.

    Je pense n’avoir pas beaucoup manqué d’inaugurations de ce salon qui s’est imposé, au fil des ans, comme un grand rendez-vous de la littérature pour la jeunesse.

    Lors de l’inauguration de cette 34édition, je me suis permis de plaider pour que chaque jeune soit aidé, incité à lire, à se concentrer pour lire, en mettant pour un temps – le temps de la lecture – de côté les portables, tablettes et ordinateurs… Et je ne sais pas pourquoi je me suis mis à dire et à répéter quelques beaux vers de notre poésie – des vers qu’il faut savoir goûter, savourer, aimer…

     

    Oui, c’est si précieux !

    Merci, de tout cœur, à tous les enseignants qui font aimer le livre et la lecture.

    Et merci, de tout cœur, aux élus de Beaugency et des communes voisines qui offrent à chaque enfant deux chèques de cinq euros pour acheter des livres.

    Ces élus font sans doute là l’un de leurs meilleurs investissements.

    JPS

  • Saluons l’exploit des bénévoles amoureux de cinéma qui, depuis vingt-cinq ans, font vivre à Château-Renard une salle d’art et d’essai d’à peine cent places, proposant les films les plus récents, et beaucoup d’autres, rénovant sans compter leur peine les locaux, inventant nombre d’évènements culturels de qualité et démontrant que la culture peut être vivace dans le monde rural comme partout. Ce fut un plaisir de célébrer le 25e anniversaire du Voxlors d’une fête chaleureuse, ce samedi 13 avril, animée tambour battant par Sandrine Manteau.

    JPS

  • Avec son nouveau disque, Lila Tamazit nous fait, une fois encore, le cadeau de sa voix. Sa voix, c’est son art, sa forme d’expression, son rapport au monde et à la poésie. C’est son métier. C’est elle.
    Lila nous offre chaque son en lui-même, pour lui-même, en ce qu’il porte, tout à la fois, de sensations, de sentiments et d’émotions.
    Déjà, elle nous avait proposé des interprétations toutes personnelles de chansons de Serge Gainsbourg.
    Aujourd’hui, elle s’attaque, si l’on peut dire, à une grande dame de la chanson militante, de la chanson qui n’a pas peur de se dire et de se vouloir engagée et qui est aussi une grande chanteuse de blues : Colette Magny.
    Les treize titres qu’elle a retenus sont datés. Il y est question de la guerre du Vietnam ou de Cuba, de luttes ouvrières dans les années soixante ou soixante-dix, porteuses d’espoir, avant les désenchantements.
    Ce sont des chansons-tracts, des cris de révolte, où se glissent aussi tendresse et dérision.
    Elles nous disent :
    « Aime vraiment, aime vraiment
    Ton prochain comme toi-même.
    C’est une vérité qu’on nous a transmise,
    Mais elle n’a pas pris. »
    Ou encore
    « La machine nous enlace comme un boa. »
    Ou encore :
    « On couche avec les princesses
    Par procuration
    Dans les journaux à grand tirage. »
    Ou encore :
    « Je rase les murs, j’ai pas les papiers
    Est-ce que j’ai encore le droit d’aimer ? »
    Ou encore :
    « La prison et le garrot tuent au pays de Goya. »
    Ou encore…
    Je pourrais citer d’autres extraits encore. Ils montreraient combien ces chants oubliés parlent de détresse et de combats, de la vie simple et difficile, des amours et des peines.
    L’intérêt de cet album, c’est de nous les rappeler. Mais c’est surtout de vivre ces paroles habitées par la voix de Lila – ses modulations, son rythme, sa profondeur.
    JPS

     

  • À tous les passionnés de l’œuvre de Max Jacob – qui repose au cimetière de Saint-Benoît-sur-Loire –, je signale le très riche dernier numéro des Cahiers Max Jacob (760 pages) dirigé par Patricia Sustrac et Alexander Dickow, consacré à « Max Jacob et la Bretagne ».
     
     
     
     
     
     
    JPS
     
  • Anne Sylvestre nous laisse près de trois cents chansons, sans compter lesFabulettes (vingt CD), et quand on s’aventure dans son œuvre considérable, en feuilletant le catalogue des EPM (ou en regardant le site Internet), on retrouve nombre de chansons connues, reconnues, et on lit les titres de tant d’autres qu’il nous reste à découvrir. Depuis le cabaret deLa Colombe jusqu’à ces derniers mois, Anne Sylvestre n’a jamais cessé d’écrire, de créer, de chanter : trois mille spectacles, soixante ans de chansons. Durant ses récitals, elle était là, proche de nous. Elle l’est encore.« Y a-t-il une vie après le théâtre ? » demande-t-elle dans l’un de ses textes : quand elle était sur scène, elle était entière, simple, directe. Qu’importe si le nombre de musiciens était réduit – il n’y en eut parfois qu’un seul –, son public l’aimait. Ce public, il s’est d’ailleurs renouvelé, de génération en génération, avec les nombreuxRescapés des fabulettes pour reprendre le titre de la seule chanson pour « adultes » où elle évoque son autre répertoire.

    Anne Sylvestre ne voulut jamais être une « chanteuse engagée » (elle l’a dit, ou plutôt elle l’a chanté) Elle a été, et elle reste, une chanteuse à fleur de vie, riche de tant d’observations, de constats tristes ou beaux, de révoltes et d’interrogations. Et c’est tellement plus fort !

    Je ne prendrai que quelques exemples… Il y a dans son œuvre l’amour bien sûr, l’amour sublime de Lazare et Cécile, l’amour intermittent, qu’elle magnifie dans Belles parenthèses, et l’amour en rade (Ah, l’amour, l’amour). Il y a l’amitié (Les amis d’autrefois). Il y a la dureté des relations entre les êtres (Maryvonne), la grande humanité aussi (J’aime les gens qui doutent). Il y a la guerre d’Algérie (Mon mari est parti), le patrimoine (Les cathédrales). Il y a le féminisme, bien sûr, un mot auquel elle est toujours restée fidèle (Une sorcière comme les autres, Clémence en vacances, Mon mystère, Juste une femme). Il y a le combat pour l’intervention volontaire de grossesse (Non, tu n’as pas de nom), celui pour le mariage de personnes du même sexe (Gay, marions-nous). Il y a les sujets sociaux et les malheurs de ses amis artistes (La java des assédiques). Il y a le Québec (Dis-moi Pauline). Il y a l’écologie (Un bateau mais demain, Le lac Saint-Sébastien). Et la réponse aux caricatures d’une chanteuse prétendument ruraliste (Les pierres dans mon jardin). Il y a la fin du monde (Le jour où ça craquera). Et la drôlerie, une drôlerie pleine d’esprit (liste non exhaustive : Les punaises, Lettre ouverte à Élise, La reine du créneau, Petit bonhomme – à ranger dans la rubrique « féminisme » aussi ! –, Les blondes, Trop tard pour être une star, Parti partout, etc.)

    J’arrête… car je pourrai continuer encore, tant Anne Sylvestre a beaucoup dit et chanté. Je finirai par un vœu sincère : que paraisse bientôt une intégrale de son œuvre. Ce serait un bonheur !

    JPS

  • Une très forte exposition des œuvres de Jean Anguera vient d’ouvrir à Saint-Pierre le Puellier. Ne la manquez pas ! Jean Anguera, qui vit dans le Loiret, à Givraines, et qui est membre de l’Académie des Beaux-Arts, est un sculpteur et dessinateur très inspiré. Il dit : « Nous sommes traversés par le paysage autant que nous le traversons. »Avec lui, la plaine de Beauce « peu à peu, sans bruit […] est entrée dans la sculpture. »
    JPS
       
     
  • Le redirai-je ? Je fus d’abord réticent quant au projet de construction du Belvédère, sur la place de Saint-Benoît-sur-Loire, craignant que l’architecture de la façade ne s’accordât pas avec le bâtiment existant. J’ai aujourd’hui changé d’avis, après avoir visité la belle exposition, très bien présentée, qui nous permet de découvrir, au sein de ce Belvédère, l’histoire – dans toutes ses composantes – de ce joyau qu’est l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, et nous offre aussi, à son ultime étage, une vue unique sur cet incomparable chef-d’œuvre de l’art roman.
    Mais le Belvédère – et son équipe – vont aujourd’hui au-delà en publiant, avec le concours de la communauté de communes du Val de Sully, un ouvrage remarquable sous le titre Patrimoine religieux en Val de Sullyqui restitue et complète très largement une exposition sur le même thème.
    Ce livre s’ouvre sur une histoire du fait religieux en Val de Sully. Il nous offre ensuite une seconde partie, la plus originale sans doute, intitulée : « Apprendre à regarder le patrimoine religieux ». Cette « éducation au regard » portant à la fois sur le bâti, les sculptures, les vitraux, etc., nous invite à passer du temps – contrairement à ce que font trop souvent les touristes trop pressés – pour découvrir, admirer et contempler les édifices – imposants ou non, comme les croix des chemins –, sans méconnaître ni les vues d’ensemble ni les détails.
    Et il faut souligner que l’ouvrage ne s’arrête pas aux édifices les plus connus : Saint-Benoît et Germigny-les-Prés. Tout au contraire, il met aussi en valeur d’autres chefs-d’œuvre ignorés dans les dix-sept autres communes du Val de Sully. Ainsi l’art roman nous est-il présenté avec pour modèle l’église Saint-Étienne de Lion-en-Sullias, l’art gothique avec l’église Sainte-Marguerite de Cerdon, l’art baroque avec l’église Saint-Martin de Guilly et le style néogothique avec l’église Saint-Pierre de Dampierre-en-Burly.
    La troisième partie de ce livre présente le patrimoine de chacune des dix-neuf communes de la communauté de communes du Val de Sully. On y découvre ainsi un tableau de Pierre Poncet (1612 -1659) à Isdes, un chef-d’œuvre du peintre flamand Joos Gaemare (17e siècle) à Dampierre-en-Burly et un autre chef-d’œuvre, à Cerdon, « la Nativité de la Vierge » du grand artiste italien Luca Giordano (17e siècle), qui vient d’être, à juste titre, retenue pour une restauration dans le cadre d’un concours organisé par la Fondation pour la sauvegarde de l’art français.
    … On le voit, cet ouvrage permettra maintes découvertes en ce Val de Loire où la beauté de la nature et les richesses de la culture vont de pair depuis des siècles.
    Jean-Pierre Sueur
    • Ce livre peut être obtenu auprès du Belvédère, 55 rue Orléanaise, 45730 Saint-Benoît-sur-Loire (120 pages, 7 €)
  • La République du Centre, 5 octobre 2022

  • Pierre Maitre, qui vient de nous quitter, était un très remarquable artiste du Loiret, dont la palette était fort riche – et dont l’œuvre considérable est trop méconnue. Il entre à la faïencerie de Gien à l’âge de 14 ans quand son illustre arrière-grand-père, Ulysse Bertrand, la quitte – et il y travaille jusqu’à ses 70 ans, exerçant les fonctions de directeur artistique après avoir été distingué comme Meilleur ouvrier de France. On lui doit de magnifiques « décors » qui comptent dans l’histoire de la faïencerie. On lui doit aussi la fresque du stade nautique de Gien (en grès et porcelaine), les peintures sur carreaux de porcelaine de l’église de Gien, le rosaire en grès de Notre-Dame de la Gorge aux Contamines-Montjoie, ainsi que les fresques murales de l’hôpital Saint-Louis, de Paris (en carreaux de faïence de Gien). Cet admirateur de Picasso fut aussi un peintre prolifique, se remettant constamment en cause, renouvelant sans cesse son approche de la peinture. Ses œuvres furent exposées, au-delà du Giennois, à Paris, Nevers, Menton… mais aussi à Londres, Amsterdam et New York. Titulaire de l’Ordre national du mérite, Pierre Maître aimait toutes les formes de l’art, de la musique à la poésie. Dans un texte qu’il écrivit sur lui, Max-Pol Fouchet souligne qu’il recherchait constamment « l’harmonie, celle du cœur de la main et de l’esprit réunies dans l’homme. »Et il signa : « Son ami qui doit l’avoir connu depuis toujours. »Je pense à son épouse Danielle et à sa fille Isabelle.
    Jean-Pierre Sueur
  • J’aime le musée des beaux-arts d’Orléans.

    Bien sûr, j’aime aussi visiter d’autres musées, en France et ailleurs. Mais je me défie des visites trop rapides, où l’on finit par défiler devant tellement d’œuvres qu’elles ne laissent pas vraiment de trace ou de souvenir en nous, sauf exception.

    Le musée d’Orléans est extrêmement riche. C’est l’un des plus riches de France. J’aime y revenir sans cesse, y découvrir ses nouvelles acquisitions, mais souvent revoir inlassablement certains tableaux. Ils sont toujours les mêmes – me dira-t-on. Je rétorquerai qu’ils sont toujours différents au sens où chaque fois, j’ai le sentiment d’approfondir la connaissance de l’œuvre, d’y trouver de nouvelles profondeurs, des correspondances et des harmonies que je n’avais pas encore décelées.

    En un mot, je préfère me concentrer sur un nombre défini d’œuvres, plutôt que de me disperser sans fin, même si j’adore – pourquoi le cacher – découvrir de nouvelles œuvres comme autant de surprises – mais que j’aurai, je le sais, le désir de revoir, et de revoir encore, afin, une fois de plus, de rechercher la profondeur du trait, du dessin, de l’image, des lumières, plutôt que de rester toujours à la surface des choses.

    On l’aura compris, je vais, pour une fois, faire relâche pour ce qui est de la politique et vous convier, si vous le voulez bien, par quelques lignes volontairement cursives, vers dix tableaux du musée des beaux-arts d’Orléans qui me tiennent à cœur pour des raisons diverses et que je choisis arbitrairement parmi des dizaines d’autres, sur lesquels j’aimerais revenir une autre fois…

    Tête de vieil homme, d’Antoine Van Dyck. Ce tableau du XVIIe siècle est d’une singulière modernité. Ce vieil homme sort des conventions, des règles, des bienséances – il sort littéralement du tableau. Est-il résigné, abattu, ou, au contraire, est-il toujours prêt à se battre, après avoir connu d’indicibles épreuves ? On ne le saura jamais.

    Corbeille de prunes et cerises, de Jacob Van Hulsdonck. Cette « nature morte » n’est pas morte. Elle éclate de vie. Les couleurs y composent une harmonie douce, une symphonie de demi-teintes dont on ne peut se lasser. Pas plus que des gouttes d’eau, ainsi que du papillon, du hanneton ou d’une mouche qui me rappellent, bien sûr, la salle du livre d’or du Sénat.

    Bacchus découvrant Ariane à Naxos, des frères Le Nain. Que dire ? Sinon que ce chef-d’œuvre nous offre la pureté la plus pure.

    Le feu, l’air, l’eau, la terre, de Claude Déruet. Ce n’est pas un tableau. Ce sont quatre tableaux, voués chacun aux quatre éléments tous quatre somptueusement magnifiés. Mais ces quatre tableaux n’en font, finalement, qu’un seul ! J’aime à penser que Bachelard les eût adorés. Mon seul regret, c’est que, du fait d’un nouvel accrochage, ils sont perdus parmi nombre d’autres tableaux. Ils offraient toute leur beauté et toutes leurs correspondances dans la salle adjacente, qui leur était naguère dédiée. Mais je connais les contraintes.

    Portrait de famille, attribué à Cornelis Bisshop. Ce tableau eût intéressé Michel Foucault : je renvoie bien sûr au prologue de Les mots et les choses. C’est une famille noble. Ce pourrait être une œuvre académique. Ça ne l’est pas. Car tout compose une envoûtante harmonie : les lignes, les couleurs, les postures, les vêtements, les mains, les regards… Oui, cette « figure imposée » suscite une très étrange fascination.

    Portrait d’un jeune homme noir, par Maurice Quentin de la Tour. Un chef-d’œuvre absolu. Toute l’humanité, tout ce qu’il y a de plus humain dans l’humanité en un portrait, un visage – un regard.

    Autoportrait de Chalgrin. Un autre chef-d’œuvre absolu. Harmonie des teintes – mais surtout force du regard, au-dessus des bésicles. Un regard qui ne s’en laisse pas compter, mais qui reste bienveillant. Cet autoportrait, c’est celui d’un homme qui se dit et qui nous dit : « Connais-toi toi-même. »

    Portrait de Max Jacob, par Marie Laurencin. Max Jacob est un être fascinant ; c’est un poète, un artiste, un mystique. Son destin fut tragique. Avouerai-je que j’ai toujours eu du mal à « entrer » dans son œuvre ? Marie Laurencin nous permet de découvrir l’homme avec ce portrait singulier, étrange, simple et profond à la fois.

    Choses en mai, par Jean Hélion. Ce triptyque est une œuvre majeure de Jean Hélion. Je l’ai souvent regardé, mesurant toute la gravité des personnages ici restitués. Une extrême gravité qui, je dois le dire, suscite en moi un malaise, en dépit de la force esthétique de l’œuvre. Je préfère penser que Mai-68 fut aussi – et d’abord – une explosion de joie.

    Étude, de Simon Hantaï. J’ai longtemps pensé que cet immense tableau prenait trop de place. Et puis, au fil du temps, j’ai appris à l’aimer. Et je ne me lasse pas de contempler ces ailes, ces oiseaux, ces colombes se mouvant en mille arabesques sur un fond de bleu d’encre.

    Jean-Pierre Sueur

    >> Plus d'informations sur le musée des beaux-arts d'Orléans

     
     
  • En ce lundi où les obsèques de Juliette Gréco se déroulent à Saint-Germain-des-Prés, on me permettra, en ultime hommage, d’évoquer trois de ses chansons méconnues… parmi tant d’autres, car au-delà de Jolie môme, Il n’y a plus d’après, La Javanaise… il y a, en vérité, des centaines de chansons de Juliette Gréco qui sont méconnues, voire inconnues, et qui ne demandent (mais les chansons ne demandent rien !) qu’à être redécouvertes.

    La valse des si
    Cette chanson date de 1958. Sa musique est une valse d’Henri Sauguet. Elle est dédiée à Elsa Schiaparelli. Ses paroles sont très simples, et même étonnement simplistes, puisqu’elles se limitent à un seul mot, un mot d’une syllabe, donc un monosyllabe : « Si ». Ce « si » est exactement répété ou plutôt prononcé, vécu – c’est le mot qui convient – trente-quatre fois. Chaque fois, la tonalité est différente. Cette extrême pauvreté du vocabulaire permet l’extrême richesse des sentiments, toute une palette, révélés par ces nombreux « si ». Ainsi Juliette Gréco nous offre en chaque syllabe par elle dite ou chantée une profusion de sentiments et de sensations. Les censeurs américains et français ne s’y sont pas trompés. Cette chanson fut interdite de diffusion à la radio.
     
    Jean de la Providence de Dieu
    C’est un poème de Pierre Mac Orlan. Il est étrange et plus qu’étrange. Son auteur a dit que c’était une histoire vraie, vécue à Rouen. Mais cette histoire est surréaliste, faite de bribes. On peut l’entendre cent fois – et toujours céder à sa magie, sans jamais être sûr d’avoir compris exactement de quoi il peut s’agir. C’est un bar qui s’appelle « L’Irlandaise ». Il y a un personnage qui s’appelle « Langlois », deux autres qui s’appellent « Machin » et « Chose ». Il y a aussi « moi ». Et il y a un marin qui s’appelle Jean qui navigue et qui pêche sur un bateau dénommé « La Providence de Dieu ». Les personnages apparaissent, disparaissent. Juliette restitue l’indicible mélancolie de ce texte fascinant comme le vent, omniprésent, le vent du nord, le « vent hystérique », qui emporte tout. Cela se passait en « l’an mille neuf cent deux/Au rendez-vous des amoureux. »
     
    La place aux ormeaux
    C’est un texte de Robert Nyel. La musique est de Gérard Jouannest. Et c’est très fort. C’est une chanson que l’on n’oublie pas dès lors qu’on a entendu Juliette Gréco la chanter une fois. Oui, une fois suffit.  Je cite seulement le début et la fin. Et je laisse chanter les paroles…
    Celles du début :
    « En trente-neuf, cette année-là
    On commençait de faire la guerre
    Moi, j'étais trop petite, je ne comprenais pas
    Ce que c'était la guerre
    Je regardais les fleurs et l'eau de la rivière
    Ou je jouais aux caches sur la place aux ormeaux
    Sur la place aux ormeaux
    Il n'y avait plus de fêtes, plus de bals populaires
    Il n'y avait plus qu' des vieux sur la place aux ormeaux
    Sur la place aux ormeaux
    On prenait Radio Londres en cachette, derrière
    L'ombre de nos rideaux
    Tandis qu'on découpait la France en deux morceaux. »
    … et celles de la fin (ou presque) :
    « Depuis ce temps, tout ce temps-là
    On continue de faire la guerre
    Et moi, qui suis adulte, je n' comprends toujours pas
    Pourquoi faire la guerre
    Alors qu'il y a des fleurs, des oiseaux, des rivières
    Et des enfants qui s'aiment sur la place aux ormeaux. »
     
    Il n’y a pas de conclusion.
    Il y a plus de sept cents chansons à retrouver.

    Jean-Pierre Sueur

  • Un grand bravo à la Fabrique Opéra pour cette si forte représentation de West Side Story au Zénith d’Orléans. Bravo au chef, Clément Joubert, au metteur en scène, Gaël Lépingle, à tous les interprètes, aux danseurs, aux chœurs et aux plus de 500 lycéens, apprentis  et étudiants qui ont apporté tout leur concours !
    JPS
     
  • Je tiens à saluer le livre que Claude Bourdin nous propose, qui retrace son itinéraire d’artiste et nous invite à suivre, de tableau en tableau, le rapport singulier qui est le sien avec les êtres, les paysages et le monde.

    On le sait, Claude Bourdin fut longtemps maire de Beaugency et conseil départemental de son canton. Mais avant même d’être élu, il était déjà un peintre talentueux… et cette passion pour la peinture lui est revenue – comme les résurgences de la Loire – alors qu’il a achevé ses mandats.

    Entre temps, il n’a cessé d’être un artiste, donnant à l’art et au respect ainsi qu’au renouveau du patrimoine une place essentielle dans l’exercice de son activité de maire.

    Il est vrai que Beaugency est une ville fabuleuse. Il n’est pas étonnant qu’elle attire autant les écrivains, les philosophes et les artistes. C’est une ville qui est penchée vers la Loire, indolente ou violente – c’est selon. Mais la pente qui mène à la Loire compte nombre de hauts monuments de pierre dont la verticalité compose avec la cité et son fleuve des harmonies changeantes qui ont – bien sûr – fasciné Claude Bourdin, comme elles fascinent tout visiteur. Si bien qu’il saisit au bout de son pinceau la géométrie de la cité et les courbes naturelles du fleuve – il « habite la Loire », écrit Olivier Rigaud –, et que là, à Beaugency, comme en tous lieux magiques du Val de Loire, comme à Saint-Benoît-sur-Loire, la culture et la nature s’unissent pour constituer un paysage sublimement harmonieux, réponse, oui, réponse, et forte réponse, à tous ceux qui professent que l’œuvre de l’homme se traduit inéluctablement par une destruction de la nature et de la beauté. Le contraire peut être vrai, comme le montre le miracle de Beaugency – et de son pont riche d’histoire et lourd de poésie devant lequel il nous arrive de rêver inlassablement.

    Avec Beaugency et la Loire, Claude Bourdin a un autre sujet de prédilection : les femmes – ou plutôt la femme qui est, écrit-il, « beauté, paix, sérénité » et dont il inscrit fréquemment la silhouette « lovée » dans une « bulle ovoïde. » J’ai toujours aimé – depuis si longtemps – ce tableau cent fois refait, avec de nouvelles touches de lumière et de couleur, des positions changeantes, mais témoignant d’une absolue permanence du sentiment.

    Telles qu’en elles-mêmes, la cité, le fleuve, la femme résistent aux aléas du temps et des circonstances. Claude Bourdin vise l’essence plus que l’existence et ses accidents de toutes sortes. Il préfère la profondeur et la carté des lignes au pittoresque, qu’il récuse.

    Sa peinture est méditation. Elle ouvre sur « le rutilement immobile du monde. »D’ailleurs, Claude Bourdin l’écrit : « Je ne me servirais pas de ma peinture pour affirmer des certitudes, mais ce que j’ai de plus profond que mes certitudes, mon appartenance au monde. »

    La période la plus récente donne moins de place à la figuration. Ce n’est pas « abstrait ». C’est épuré. On retrouve, de plus loin ou de plus près, la Loire avec ses courbes douces, ses mouvements incessants et ses bancs de sable.

    Claude Bourdin nous renvoie ainsi à la philosophie grecque qui fut notamment une profonde méditation sur la permanence et le changement, sur ce qui est immuable et sur ce qui passe…

    Jean-Pierre Sueur

     

     
     
     
     
  • Une nouvelle galerie d’art vient d'ouvrir à Jargeau. Elle s’appelle « Corbeau Rouge ». Elle a été créée par Julie-Anne B. C’est 30 Grande rue. On peut y découvrir, notamment, les sculptures aériennes, effilées, élégantes, stylées de Véro Lombard.
    JPS