Charles Péguy

  • Un article sur le livre de Jean-Pierre Sueur dans le numéro de juillet 2021 de la revue Résonance

  • BQ, 1er juin 2021

     
  • Jean-Benoît Puech aime l’écriture. Il est écrivain jusqu’au bout des ongles. Sa dernière œuvre en témoigne. Publiée aux éditions P.O.L, elle s’intitule La Préparation du mariage, compte cinq cents pages, et se présente comme les « souvenirs intimes »d’un certain « Clément Coupèges », durant les vingt années (1974-1994) qui ont précédé son mariage.
    On le sait, Jean-Benoît Puech est fasciné par la figure de l’écrivain dans les livres, par « l’auteur comme œuvre », par « les écrivains inventés par les écrivains » et par « la construction des auteurs imaginaires » (citations de ce dernier livre). Il a d’ailleurs consacré une part non négligeable de son œuvre à créer un écrivain de toutes pièces – avec ses œuvres et sa biographie. Il magnifie la littérature gigogne. Il se plaît dans les « fictions de fictions. » Et ce n’est pas un jeu. Car il y a le poids du réel : l’autobiographie émerge constamment, mais elle n’est jamais revendiquée comme telle.
    Tout est apparemment vrai : les deux villes où se situent l‘essentiel de l’histoire, Orléans et Olivet, le Loiret, le sentier des prés, la faculté de lettres, ses préfabriqués, ses écureuils, le professeur René Marill Albérès, la grande surface « Escale devenue Euromarché, devenue Auchan » et son restaurant Flunch, siège d’improbables rencontres, « Unisabi, Orlane et John Deere »,des cafés et librairies trop reconnaissables, le parc floral, « Les Relais » entre Orléans et La Ferté… Et au-delà, de nombreux souvenirs : la musique de Nino Rota ; les œuvres populaires de Louis Boussenard (qui a sa rue à Orléans), les « Signes de liste » et leurs auteurs, comme Jean-Louis Foncine ainsi que leurs illustrateurs comme Pierre Joubert ou bien les livres trop oubliés de Michel Quoist… Et encore au-delà, des obsessions comme les jouets des enfants – ou le thé, toutes sortes de thés, à tous les chapitres, ou presque. Et puis la sensation de poursuivre, dans un autre registre, les récits inclus dans deux opus précédents publiés aux éditions opportunément dénommées « La Guêpine » : Orléans de ma jeunesse et Une adolescence en Touraine
    … Tout est apparemment vrai. Apparemment. ! Mais tout baigne dans une pléthore de pseudonymes. On ne sait pas, on ne peut pas savoir, ce qui est vrai et ce qui est reconstruit, inventé, imaginé. On voit bien que le réel est là, qu’il affleure, émerge, mais que l’invention littéraire l’est aussi et qu’elle est – bien sûr – plus réelle que le réel.
    C’est dans cet « entre-deux », dans ce jeu entre deux écrivains (au moins) que l’on suit, vingt années durant, la quête sentimentale et sensuelle – indissociablement – qui conduit le dénommé Clément Coupèges dans une quête échevelée, en laquelle revient constamment la figure d’une « Marie-Laure », « délicieuse » et « douloureuse », au tragique destin, toujours recherchée puisque « le désir de l’autre, c’est le désir du re-semblant »jusqu’à l’heure heureuse du mariage. Cette quête, il la revit (et l’écrit) rétrospectivement comme une « préparation » – et cela même s’il nous dit que « la narration doit éviter les anticipations et l’omniscience. »
    Si les événements politiques, pourtant marquants au cours des vingt années considérées, sont absents, certaines évolutions sociologiques sont justement évoquées. Ainsi découvre-t-on, en flânant entre Orléans et Olivet, « les parcs des grandes maisons familiales d’autrefois, peu à peu rachetées par des promoteurs immobiliers et rasées pour laisser la place à de prétentieuses résidences. »
    Mais ce qui frappe aussi à la lecture du livre, c’est le vrai bonheur d’une écriture où les imparfaits du subjonctif  s’enchaînent naturellement : « Je craignais que Marie-Laure n’exigeât trop de moi, qu’elle me privât de la distance qui était nécessaire pour désirer nos rapprochements » – et encore : « Mon pénible passé s’éloignait sans pourtant que je n’y revinsse encore par à-coups »…
    Et sans doute la vraie raison d’être du livre, au-delà de la « préparation » ou de « l’expiation » est-elle ce qu’on lit à sa dernière ligne, lorsque l’auteur, supposé ou non, nous dit qu’il s’agit pour lui de « rendre à la vie ce qu’elle nous a donné. »

    Jean-Pierre Sueur

    • La Préparation du mariage, P.O.L, 503 pages, 25 €
     
  • C’est un étrange livre que nous offre Charles Coustille : il s’intitule Parking Péguyet est publié chez Flammarion. Alors qu’à moitié endormi, il pianotait sur Google à la recherche de notices sur Charles Péguy, Charles Coustille ne se rend pas compte qu’il est, en fait, sur la section « Maps » de Google et il tombe sur « Parking Péguy », un parking situé à Stains (Seine-Saint-Denis). Et lorsqu’il demande à ses élèves de lui dire s’ils avaient déjà entendu parler de Charles Péguy, la réponse est unanime : « Oui, c’est un arrêt de bus juste à côté », à Créteil.

    Ces épisodes ont donné l’idée à Charles Coustille d’aller visiter avec l’un de ses amis photographes, Léo Lepage, tous les lieux ou bâtiments publics portant le nom de Péguy. Il y en a 407 au total, dont 350 rues, vingt avenues, trente écoles, plusieurs impasses et trois parkings !

    Dans le Panthéon des noms de rue attribués par les conseils municipaux, Péguy figure à la 97e place, la palme revenant à Charles de Gaulle, suivi de Louis Pasteur, Victor Hugo et, en quatrième position, Jean Jaurès.

    Beaucoup des rues (mais aussi des parkings) dédiés à Péguy sont décrits dans le livre. Ces lieux sont aussi photographiés. Et en regard, il y a de fortes citations de Péguy extraites, en particulier, de Clio, de Notre Jeunesse, de L’Argent, des Situations

    Une constatation s’impose. Alors que beaucoup des avenues et des rues dédiées à Victor Hugo sont en centre-ville, celles qui le sont à Charles Péguy sont situées en périphérie, dans des lotissements, entre des barres d’immeubles, dans la « France périphérique » ou « périurbaine » – la France des « gilets jaunes » en quelque sorte, risque l’auteur dans une conversation avec l’un de ses amis.

    … Voilà un sujet de méditation. Comme le sont tous les extraits de l’œuvre, à côté des photos, très bien choisis et qui illustrent l’analyse de Charles Croustille pour qui Charles Péguy « était un homme complexe, presqu’aussi contradictoire qu’intransigeant. »

    Comme il le déplore, Charles Péguy est trop peu présent dans les programmes de littérature, les sujets du baccalauréat et même de l’agrégation. C’est très dommage. Car son œuvre est immense et étonnamment actuelle, comme le montre le grand intérêt que lui portent aujourd’hui nombre d’intellectuels, en France et à l’étranger.

    … Et il n’y a plus d’engouement pour lui donner des noms de rue. Accablant témoignage, la seule rue qui fut dédiée à Charles Péguy en 2014, année anniversaire de sa mort au champ d’honneur, le fut par la ville d’Orange dirigée par le Rassemblement national (ex Front national).

    Et à Orléans ? À Orléans, il y a, bien sûr, une rue Charles-Péguy suite à une délibération du conseil municipal de 1924 – sur laquelle je reviendrai – qui eut la mauvaise idée, pour percer cette voie, de démolir la maison natale de Péguy.… Plein d’indulgence, Charles Coustille écrit que cette rue « donne directement sur la Loire » et le long du Centre de formation de la Chambre des métiers et de l’artisanat du Loiret, « ce qui tombe plutôt bien pour la rue d’une rempailleuse de chaises ayant donné naissance à un écrivain qui se voyait comme un artisan des lettres. »

    Jean-Pierre Sueur

    • Aux éditions Flammarion, 187  pages, 22 €
     
  • Toutes éditions Centre France, 30 mai 2021

     
  • La République du Centre, 20 février 2021

     
  • Jean-Pierre Sueur signera son livre Charles Péguy ou les vertiges de l’écriture le vendredi 17 septembre à partir de 17 heures à la librairie Les Temps Modernes à Orléans.
     
    La revue Le Porche vient de publier dans son numéro 51 un article de Jean-Pierre Sueur intitulé : « Tatiana Taïmonova, une péguiste fervente et engagée ».
     
    Patrick Kechichian vient de publier dans La Revue des deux Mondes un article sur le dernier livre de Jean-Pierre Sueur.
     
    Le Porche, dans son numéro déjà cité, publie une analyse de ce même livre.
  • La République du Centre, 20 mai 2021

     
  • La Vie, 17 juin 2021

     
  • Orléans Mag, juillet-août 2021

     
  • La Revue des deux Mondes, 27 août 2021

     
  • Le Journal de Gien, 4 novembre 2021

     
  • La République du Centre, 2 août 2021

     
  • Le Monde, 9 juillet 2021

     
  • La République du Centre, 24 septembre 2021

     
  • La République du Centre, 16 septembre 2021

  • Spécialiste de Charles Péguy et fondatrice de Centre Jeanne-d’Arc – Charles-Péguy de l’Université de Saint-Pétersbourg, en Russie, Tatiana Taïmanova nous a quittés il y a quelques semaines.

    Je publie très volontiers le courrier que je viens de recevoir de Nikolaï Mikhaïlovitch Kropatchev, recteur de cette université, en réponse à la lettre que je lui avais adressée, par laquelle celui-ci me fait part des hommages si justifiés que l’Université de Saint-Pétersbourg a rendus et rendra à notre amie Tatiana, si attachée à la France et à sa culture, et à la ville d’Orléans.

    JPS

    >> Lire la lettre

  • La lettre politique de L'Expansion, 25 mai 2021

     
  • Mag'Centre, 5 juin 2021

     
  • Michael Lonsdale fut un immense acteur. Son interprétation de frère Luc dans le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, fut bouleversante. Impossible de l'oublier. On sait qu'il aimait Péguy à qui il a consacré un livre intitulé Entre ciel et terre, Péguy (éditions du Cerf, 2014). Dans ce livre, il fait deux parallèles, a priori tout à fait inattendus, entre Péguy et deux auteurs qu'il a connus et dont il a interprété des œuvres : Samuel Beckett et Marguerite Duras.

    Au moment où Michael Lonsdale vient de nous quitter, on me permettra de lui rendre hommage en citant quelques extraits de ce livre consacré à ces destins qui, pour lui, se rencontrent, ou au moins se croisent.

    « Samuel Beckett est un écrivain dramaturge et poète irlandais avec qui j'ai eu le bonheur de travailler.

    Péguy et Beckett ont en commun leur commisération pour le genre humain. Ils ont une bienveillance pour l'humanité. À la différence de Péguy, les héros des pièces de Beckett sont des marginaux, des pauvres, des clochards ou des fous. Beckett aimait mettre en scène des personnes rejetées.

    Beckett pouvait avoir comme Péguy un certain pessimisme face à la condition humaine. Si Péguy avait choisi la poésie pour combattre cette amertume, Samuel Beckett, lui, utilisait l'humour.

    Ce qui me touche chez ces deux grands écrivains, c'est qu'ils mettent en action leur charité pour les plus pauvres. Péguy se rendait régulièrement à l'association caritative « La mie de pain » dans le XIIIe arrondissement, pour aider les plus défavorisés. Beckett, lorsqu'il reçut son prix Nobel de littérature en 1969, partagea son argent autour de lui, faisant preuve d'une immense générosité envers ses amis dans le besoin. Il pouvait même faire le ménage ou les courses pour une amie malade. L'amitié pour lui était sacrée […] » (pages 55-56).

    J'en viens maintenant à des extraits de ce que Michael Lonsdale écrit sur Marguerite Duras.

    « La coïncidence des dates me touche. Marguerite est née à Saigon le 4 avril 1914, année de la mort de Péguy.

    J'ai rencontré Marguerite Duras grâce à Claude Régy qui a proposé mon nom lors de la création de L’amante anglaise par les Barrault. Ils avaient été chassés de l’Odéon et avaient trouvé refuge dans un petit théâtre à Paris, impasse Récamier. J'ai joué cette pièce pendant trente-cinq ans, jusqu’à la mort de Madeleine Renaud.

    Comme Péguy, elle n'avait pas un caractère facile, mais elle fut une amie importante pour moi, une complice des mots.

    À l'image de Péguy, l'écriture de Marguerite porte une marque de grande liberté. De nouveauté aussi. Son style est limpide et d'une grande pureté. Comme Péguy, elle écrivait continuellement. Je me souviens d'ailleurs qu'elle modifiait le texte en permanence, ce qui n'était pas sans poser de problème. Pour L’amante anglaise, je lui ai demandé d’arrêter ces changements, car toute l'équipe était perdue […].

    Ce que j'aime chez Duras comme chez Péguy, c'est la création d'un style littéraire qui n'a jamais été entrepris auparavant.

    Je suis dans la même recherche d'innovation artistique lorsque j'aborde un rôle, une création théâtrale ou picturale. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais voulu entrer à la Comédie-Française. Je ne voulais pas reprendre des rôles déjà magnifiquement joués avant moi […].

    Il ne faut jamais jouer les mots au théâtre, mais jouer chaque soir ce qu'il y a derrière les mots. C'est mon professeur de théâtre, Tania Balachova, qui me le disait. C'est ainsi que notre art devient vivant. »

    JPS